mouna karray
 
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EXTRAITS

PHOTOQUAI Deuxième biennale des images du monde
Telerama 3117

(...) Heureusement, la manifestation qui se poursuit à l'air libre, au bord de la Seine, montre un tout autre visage. Des artistes du monde entier y sont présentés. Une avalanche de révélations. A l'instar de Mouna Karray, Tunisienne qui photographie des femmes dans leur intérieur avant d'emprunter leurs habits et d'adopter la même pose au même endroit pour réaliser des autoportraits. [Un] travail troublant sur l'identité. Luc Desbenoit,
7 octobre 2009

La série de Mouna Karray, "Au risque de l'identité", met en jeu la question de la posture et du mystère de l'autre, au travers de ses attributs visibles. Dans ce travail expérimentant l'énigme de la dualité, de l'altérité et de la différence, elle photographie des femmes d'horizons géographiques et sociaux différents, auxquelles elle se substitue. "Au risque de l'identité… consiste à rencontrer une femme, observer son univers, l'y photographier, puis se substituer à elle en revêtant ses vêtements en adoptant sa posture et ses gestes et enfin à se photographier. Si la ressemblance semble recherchée, notamment pendant la séance de prise de vue, c'est finalement la dissemblance qui est révélée.
Suffit-il de se glisser dans les vêtements, les parures, la posture et la maison de l'autre pour "devenir" l'autre ? Mouna Karray ouvre alors la question de l'altérité, de l'identification et de l'individuation. Finalement, l'œil de la photographe se fait sensible à la faille davantage qu'à l'identification, laissant s'imposer une part d'indéterminé au cœur de ce projet perpétuellement ouvert.
Mouna Karray s'intéresse à la dimension autobiographique du travail artistique, réinitiant, au travers de différentes séries, une réflexion récurrente autour des frontières, des limites, physiques ou non, des passages, des dualités et des altérités. Aujourd'hui, Mouna Karray vit et travaille entre Paris et la Tunisie.
Marie Deparis-Yafil
pour l'exposition "Seconde peau, seconde vie", 2009.

«…Si l'espace intérieur peut être porté à la visibilité et surréalisé, c'est que la photographie est devenue aujourd'hui un matériau artistique capable de déconstruire l'origine mimétique de l'image. Mouna Karray l'expose frontalement en revisitant l'intimité de son image en l'autre. La permutation des visages révèle par juxtaposition que toute représentation est faite de différence et de répétition.»  
Rachida Triki
extrait du catalogue de l'exposition Femmes d'Images espace privé, volume 2

« L'image photographique est en elle-même une construction identitaire. Mouna Karray a mis en place un dispositif en miroir qui confine à la mise en abîme. En endossant les défroques d'apparence de l'autre, d'autres femmes, elle semble à l'affût autant des similitudes que des dissemblances. Le travail qu'elle nous propose s'approche encore plus prêt de cette ligne de crête. Après s'être infiltrée dans la peau et l'univers de celles qui incarnent dans la conscience occidentale l'autre radical, la femme japonaise, Mouna Karray s'approche de celles qui pourraient être ses doubles. Les femmes du monde arabe ne lui sont pas étrangères, leur visage et leurs gestes lui sont au sens fort familiers.
Le dispositif du diptyque peut se lire comme une interrogation infinie sur la question du regard : qui regarde qui et qui constitue l'autre comme humain par son regard ? En se rapprochant de sa culture d'origine l'artiste  fait aussi effraction dans l'univers de la scène de genre. En fixant l'image d'une femme dans son environnement elle ne propose q'un « cliché » parmi d'autres possibles, mais en venant occuper la même place sur un deuxième «cliché » elle souligne ce qu'il a de dérisoire ou plutôt d'inaccompli.  L'identité de soi, de l'autre, reste incertaine, suspendue entre ces deux « clichés » fallacieux et pourtant nécessaires. »
Meriem Bouderbala
extrait du catalogue de l'exposition L'image révélée Orientalisme Art contemporain, volume 2

« …Les deux diptyques de Mouna Karray, qui vit actuellement à Paris,  intitulés Kyoko et Mouna sont les premiers réalisés par l'artiste dans la série Au risque de l'identité. Ce travail qui se poursuit aujourd'hui date de son voyage d'études au Japon à la fin des années 90. L'idée consiste à rencontrer une femme inconnue, à observer son espace de vie pour se substituer à son personnage en adoptant sa posture, ses gestes et ses habits. Les images rappelant la précision d'un reportage à multiples séquences montrant Kyoko en couleur et Mouna en noir et blanc,  sont frontales, carrées et simples.  Ici aussi le spectateur, comme pour le jeu des sept différences, se trouve en train d'intercepter les dissemblances, à vérifier jusqu'où Mouna a réussi à entrer dans la peau de Kyoko. Des interrogations mi-existentielles, mi-magiques ont dû agiter l'artiste : peut-on perdre son moi en pénétrant si loin l'identité de l'autre ? Que garde-t-on de l'autre après sa disparition ? »
Olfa Belhasssine 
extrait de Le journal la Presse, novembre 2007